CHASSÉ-CROISÉ @ Nuit Blanche de Paris 2018

une installation vidéo de Catherine Menoury

Samedi 6 Octobre 2018, 20.00h - 24.00h
Salle des Fêtes, Mairie du 12e arrondissement, 130 avenue Daumesnil, 75012 Paris map

CHASSÉ-CROISÉ est une installation vidéo sonore constituée de 3 écrans-panneaux disposés en triptyque (dimensions 3,50m x 2,00m / 6,00m x 3,50m / 3,50m x 2,00m, durée 18 minutes). Au centre, un repas familial est partagé par une mère et ses deux filles. Elles semblent dîner ensemble mais leur temps propre est différent pour chacune d'entre elles. C’est une allégorie de l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. Les deux volets extérieurs de ce panneau tracent imperceptiblement l'évolution d'une émotion.

Dans son travail vidéo/photo, Catherine Menoury développe des portraits vidéo, silencieux, éphémères. Ils oscillent entre la photographie et la vidéo et questionnent l'idée du temps invisible, infaillible. Catherine Menoury a montré ses installations vidéo de grande dimension dans des lieux publics comme la Centrale for Contemporary Art (Musée d’art contemporain) Bruxelles, le Musée des Beaux-Arts de Caen, pour des événements comme la Nuit Blanche de Paris et Marseille Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture. Ses vidéos ont été sélectionnées dans de nombreux festivals. Son travail a également été intégré dans des pièces de théâtre et des concerts. Elle a étudié à l’École des Beaux Arts de Nîmes et à l’École de Recherche Graphique de Bruxelles. Elle vit à Londres et Bruxelles.









CHASSÉ-CROISÉ est un repas familial (cossu mais quantifié), partagé par une mère et ses deux filles.

La table est un rassemblement d’éléments anachroniques: une nappe chinoise, des verres et une carafe, des couverts et des plats en argent.

Cet anachronisme est semblable chez les personnages, ces trois femmes semblent dîner ensemble et partager un même repas mais la table, coupée en trois morceaux indistincts ne représente pas le même temps pour chacun des personnages, elle est une parabole de l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. Les mets, rares quantitativement, sont choisis pour les strates de vie qu'ils représentent et pour les ustensiles qu’ils nécessitent. Ces ustensiles, de par la précision qu'ils requièrent sont la dépendance puis l'indépendance et à nouveau la dépendance.

L’impression d’une communication entre elles trois est fausse, elles semblent se regarder mais ne se voient pas, au fur et à mesure du repas, chaque geste, pourtant parfois attentionné de chacune, n’est compris ni perçu, et cette apparente incompréhension évolue en œillères, chacune restera dans sa solitude. Seuls les spectateurs pourront juger de la tendresse ou de l’injustice des reproches ou des coups rendus.

La place centrale de la mère qui semble partager et distribuer le repas, le couteau de l’adolescente avec lequel elle joue sans cesse, utilisé parfois comme un outil pour aider sa mère, parfois comme une arme de provocation, sont des simulacres.

Cette table n’est pas un repas partagé mais un espace coupé en trois par plusieurs tranches de vie qui grandissent, désirent et vieillissent. Ces trois femmes en devenir vivent côte à côte sans se reconnaître, elles mangent le repas qui leur est propre à ce moment là de leur vie, elles tentent parfois de se regarder mais que voient elles vraiment?

Ce repas, rituel culturel et social, est aussi l’image de la difficulté à se servir, à prendre sa place, à observer et à juger. Il met en évidence les difficultés liées au langage pour exprimer aux autres son propre univers.

Chacun des deux volets-écrans qui entourent ce repas est un portrait en détail des jeunes filles qui semblent fixe. Imperceptiblement leur émotion évolue.


Ce triptyque regroupe 2 formes de temporalités:

Sur l'écran central: 1 vidéo filmée avec 3 caméras en 3 temps différents qui sont regroupés indistinctement sur un même plan.

Sur les 2 écrans latéraux: 2 vidéos filmées avec 2 caméras qui enregistrent au même moment les jeunes filles, elles restituent l’évolution d'une de leurs émotions avec un temps dilaté qui crée une évolution non perceptible du mouvement. Le spectateur ne pourra en constater la transformation que lorsqu'il quittera des yeux ces deux écrans et les observera quelques minutes plus tard.

Cette obligation de passer d'un écran à un autre pour tenter de tout voir s'apparente à notre perception, notre écoute et notre jugement, qui diffèrent selon qu'on soit face à un groupe ou un seul individu.


contact: catherine@menoury.com    www.menoury.com


CHASSÉ-CROISÉ
performance: Ana Miranda-Magdinier, Blanche Miranda-Magdinier, Isabelle Magdinier
technologies: Christian Laval
bruitage: Peter Roigk
sound design: Manuel Laval